4 – Mon voile : mon identité & ma liberté.

Je porte le voile depuis mes 11 ans.
Ça peut sembler précoce et j’en entends déjà s’esclaffer. Mais à 11 ans, j’ai décidé de le porter parce que « JE » le voulais. Jamais personne ne m’a poussé à le faire, je n’ai eu aucune pression familiale ni religieuse.

C’était les vacances d’été, je venais de terminer ma sixième année primaire et je n’avais qu’une hâte : commencer à porter le voile.  Inscription faite dans une école secondaire dans laquelle le port du voile était accepté (ah, la belle époque), je voulais débuter ma première année avec ce petit plus dans ma vie. Seigneur, j’étais loin de me douter que je venais de prendre la voie de tous les challenges. Mais malgré ça, je n’ai jamais regretté mon choix.
Comment vous dire la fierté que j’avais de devenir la jeune fille que je voulais être en affirmant, à travers ce voile, ma foi et mes valeurs. Ni père ni frère derrière cette décision, j’étais seule maître de ce choix et j’étais heureuse d’ajouter à ma tenue quotidienne ce petit pan de tissu à poser sur ma tête.
Autour de moi, certaines étaient surprises de me découvrir changée, d’autres me félicitaient de ma décision. À l’école, tout était normal. J’étais une élève comme une autre. Les cours de gymnastique nous permettaient même de garder notre voile, ce n’était après tout, qu’un bout de tissu. Je vivais donc une vie des plus normales, épanouie dans mon nouvel habit.
Ce n’est que plus tard, lorsque je me suis présentée à l’Institut Pacheco pour un stage, que je fus confrontée à ma première « barrière ».
– « Vous êtes la bienvenue dans notre établissement pour votre stage, mais vous vous présenterez sans votre voile. »

Sur le coup, cette phrase m’a fait l’effet d’une gifle. Je ne comprenais pas. Je ne voyais pas le lien entre mon voile et ma capacité à accomplir les tâches qu’on me confierait. J’ai essayé de comprendre, mais je n’y parvenais pas. Et prise par une angoisse qui m’était inconnue jusque là, je me suis mise à pleurer en silence.
Pour moi, cette dame venait de me demander l’impossible. Et je me sentais humiliée de ne pas être acceptée telle que je me présentais. Soudainement, j’ai vu cette ligne qu’elle venait de tracer entre elle et moi, cette ligne qui marquait ma différence. Je me suis levée et suis partie. Je n’y ai plus jamais remis les pieds.
À partir de ce moment là, j’ai compris que les gens voyaient une différence là où je n’en voyais pas et que ce bout de tissu sur ma tête n’était pas le bienvenu partout.
Avec les années, j’ai vu des portes se fermer par dizaine, j’ai eu droits à toutes les remarques racistes possibles, des plus élaborées aux plus ridicules. Et durant mes années d’études en décoration d’intérieur à Uccle, j’ai même été dans la classe de filles qui ne m’ont jamais adressé la parole en trois ans juste à cause de ce voile sur ma tête.
Je vous passe les questions stupides du style « tu dors avec ? », « et tu fais comment pour te doucher ? », « t’as pas chaud ? », « et tu arrives à prendre soin de tes cheveux avec ton voile ? », …
Mais on s’y fait. Et même, au bout d’un certain temps, on finit par ne plus entendre les insultes, on finit par rire avec ces vieux papy qui nous demandent de rentrer dans notre pays et ça ne nous fait plus mal de nous prendre des portes au nez.
Au contraire, on s’endurcit et on comprend que ce voile est un challenge au quotidien.
En fait, c’est simple. Mon voile fait partie de moi. Il fait partie intégrante de mon identité, de ma personnalité, de mes valeurs et de ma foi. Me demander de le retirer c’est comme me demander de retirer mon pantalon : je ne le ferai pas. Mon voile n’est pas un frein à mon épanouissement, au contraire, il me permet d’être celle que je veux être et de me sentir bien ainsi. Il ne fait pas de moi une fille différente des autres. Je vais aussi chez le coiffeur (une coiffeuse en l’occurrence) et je prends soin de mes cheveux. Aussi, je ne me sens pas en régression dans ma vie mais j’ai le sentiment que les problèmes de mon quotidien ne viennent pas de mon voile en lui-même mais de la façon dont certains en ont une bien triste opinion.
A chaque fois que l’on m’a fermé une porte, j’ai tenté d’en trouver une autre à ouvrir. Et ces épreuves font de moi celle que je suis aujourd’hui, une fille qui ne renoncera pour rien au monde à sa liberté de culte, à ses choix et à ses valeurs.
Ceux et celles qui ne comprennent pas mon choix sont ceux et celles qui n’ont même pas prit la peine de discuter avec moi, de me poser des questions et d’échanger sur le sujet. Ne restez pas dans l’ombre de vos interrogations et ne laissez pas les préjugés et les clichés graver votre esprit de ces idées négatives.
Nous, filles voilées, aimons dialoguer. Nous prendrons donc un réel plaisir à vous raconter notre parcours de vie, nos épreuves au quotidien, nos difficultés mais aussi nos belles réussites.
Ecrire cet article est important pour moi.
J’avais ce besoin d’ouvrir une porte et d’inviter les gens à y entrer pour entamer le dialogue. Parce que je vois cette surprise sur le visage des personnes qui n’osent pas nous aborder, lorsqu’on leur adresse la parole et que la discussion s’entame. Elles sont surprises de voir que nous avons des idées et des avis à partager, mais aussi que dans la plupart du temps, nous pouvons parfaitement nous entendre.
Et ce message s’adresse également aux filles qui portent le voile et qui ont envie de partager leur témoignage. Je me ferais un plaisir de vous lire.
Aussi, je suis à votre totale disposition et répondrai de bon coeur à vos questions concernant le port du voile et plus particulièrement sur ma façon ou une autre de le porter, sur les astuces et petits trucs qui aident au quotidien.
Je suis convaincue que c’est avec le dialogue que les barrières tomberont une à une.
Et un jour, peut-être, plus personne ne tracera de ligne entre nous…

14 réflexions au sujet de « 4 – Mon voile : mon identité & ma liberté. »

  1. Salam alaykoum
    Quel satisfaction de trouver quelqu’ un qui a la même façon de me penser que soi-même. Courage et force à nous. Allah mha lsabirine 😉
    Ps: j’aime beaucoup ta façon de porter le voile, j’aimerais savoir comment tu fais stp ?
    Merci pour cet article et à bientôt où j’aurai le plaisir de te lire Insha Allah.😍😍

    Une soeur de plus,

    Soumaya

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  2. Salam aleykoum,

    Reconvertie depuis plusieurs années al hamdoulilah, je n’ai finalement franchi le cap du hijab qu’il y a trois mois. Et al hamdoulilah, c’est d’une évidence en fait. Je ne me sens pas changée mais enfin complète. C’est comme s’il avait toujours été la. D’ailleurs mon seul regret est de ne pas l’avoir mis plus tôt.

    Évidemment avec la famille c’est très compliqué, Mais al hamdoulilah, c’est notre épreuve.
    Du coup, les remarques extérieures, d’étrangers, ne me font ni chaud ni froid, c’est l’avantage. Et en fait, SubhanAllah, je m’attendais à beaucoup plus de réactions négatives, étant très typée européenne je ne passe pas inaperçue, mais jusqu’à maintenant je n’ai pas encore été confrontée à des difficultés liées à mon hijab, si ce n’est dans le cadre familial.

    En tout cas ton article est très bien, et je me reconnais dans tes réflexions.

    Qu’Allah facilite les choses à toutes les sœurs, qu’Il aide celles qui ne le portent pas à le porter et qu’Il facilite et renforce celles qui le portent deja et qui ont du mal.

    Qu’Allah nous guide tous.

    Ophélie

    Aimé par 1 personne

  3. Quel beau témoignage!!!! C’est émouvant et magnifique…
    Quelle force de surmonter les épreuves à la seule lumière de ta foi…..

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  4. Vous écrivez « Et je me sentais humiliée de ne pas être acceptée telle que je me présentais. ». Si après un examen d’embauche, mon interlocuteur me conseillait de m’habiller autrement si j’obtenais le poste, évidemment je serais légèrement vexée (humiliée est vraiment trop fort). Cela ne m’est jamais arrivé parce que je me suis toujours présentée à un job en format passe-partout. C’est par contre arrivé à mes filles, l’une portait des piercings, l’autre (stagiaire) une coiffure rasta et un sarouel . La première a enlevé ses piercings pendant le boulot, l’autre s’est attaché les cheveux et porté un pantalon standard. Elles n’en ont pas été humiliées pour autant, elles voulaient l’une le job, l’autre le stage. En dehors du boulot et du stage, elles s’habillent comme elles veulent. Elles n’en ont jamais été frustrées et n’ ont pas fait de leurs piercings et coupe de cheveu un combat quotidien. Alors, je pense vraiment que votre « courage » et votre « force à surmonter les épreuves » ne peuvent pas être pris au sérieux. Qu’en pensez-vous?

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    1. C’est votre point de vue et je le repsecte. Mais il est question de liberté et je pense que vos filles étaient dans leur droit se présenter avec leur identité. Elles n’offenssaient personne. Je trouve ça terriblement dommage que nos différences soient vues comme des barrières alors que ce sont des ponts qui nous relient les uns aux autres.

      On vit clairement dans une société qui nous incitent à nous ressembler, au risque d’en perdre notre identité.

      Retirer un vêtement (parce que je considère mon voile comme faisant intégralement partie de ma tenue), est différent que de retirer des piercings. Je le ressens comme de l’humiliation. Mon ressenti. Je pense que vous ne pouvez pas décider à ma place de ce qui est humiliant pour moi ou pas.

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      1. Merci de m’avoir répondu, c’est rare. Je ne sais pas si vous aurez la patience de me lire.
        Pour en revenir à mes filles, ce sont maintenant des adultes mais, quand elles étaient adolescentes, leur apparence avait une grande importance pour elles : plus elles voulaient s’opposer à la société « normalisante » des adultes, plus elles tenaient à leur apparence « décalée» qui était une forme de revendication, d’appartenance à un groupe, d’ expression de leur identité. En grandissant, elles se sont aperçues que leur identité était ailleurs que dans leur apparence. Elles changent maintenant souvent de « costumes » en fonction du milieu qu’elles sont appelées à fréquenter même si parfois elles ont l’impression de se « déguiser ». Elles savent maintenant que ce n’est que du théâtre, un jeu. Elles savent (à peu près) qui elles sont et ce quelque soit leur costume. On est tous toujours plus ou moins en « représentation », c’est humain mais ce n’est pas dramatique, elles l’ont compris…
        Je suis d’accord avec vous, les gens jugent d’après l’apparence, c’est un phénomène universel : mes filles et moi, on s’en moque. On peut jouer avec sa propre apparence et c’est d’ailleurs très amusant de prendre les gens coincés par leurs codes à leur propre jeu… En bourgeoise ou en guenilles, je reste la même, que m’importe le regard des gens ?
        Alors, ma question : pourquoi la plupart des jeunes-femmes voilées, nées ici, éduquées, plus belges que les « autochtones » sont si attachées à leur apparence ? Pourquoi n’ont-elles pas appris à se jouer des codes vestimentaires avec plus de légèreté alors que la société dans laquelle on vit le permet ? Ni la société ni la communauté d ‘origine de ces jeunes-femmes n’ont su leur tendre d’autres miroirs que ceux dans lesquels elles se reconnaissent. A elles de faire preuve de créativité plutôt que de subir. Elles ont les outils pour le faire. A elles de comprendre que l’ont peut se jouer des codes, de TOUS les codes y compris des codes islamiques (qui sont des codes comme les autres). Donc, effectivement, je ne comprends pas votre sentiment d’humiliation ni les « combats » que vous avez à mener pour le voile…mais je ne décide pas à votre place si une chose est humiliante ou pas… Cela doit juste être très fatigant.
        Autre chose, contrairement à vous, je trouve que la société est de moins en moins uniformisante (surtout pour les femmes, les hommes sont plus « coincés » d’un point de vue vestimentaire), que la multiculturalité, la fantaisie, la créativité s’expriment partout : asseyez-vous à une terrasse en ville et regardez la foule défiler, vous verrez de quoi je parle. Par contre, les femmes qui vous apparaîtront les plus « uniformisées » sont justement les femmes toutes pareillement voilées, elles portent littéralement un « uniforme » : quel paradoxe pour vous « qui ne voulez pas ressembler aux autres »! Vous voulez ressemblez à « certains » autres mais pas aux autres en général? Je ne comprends pas.

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      2. La question que je me pose c’est pourquoi ce voile est-il un frein à l’embauche ? Pourquoi cette crête ? Pourquoi ces tatouages ? Pourquoi ce crâne rasé ? Pourquoi cette barbe ?

        En fait, pourquoi la liberté est-elle servie à plusieurs sauce et selon certains critères ?

        Vous avez raison sur le fait que la société est de moins en moins uniformisante, mais je ne vous rejoins pas lorsque vous dites que les femmes voilées se ressemblent toutes. Avez-vous le même discours pour les asiatiques ou les personnes de couleurs ? Parce que nous avons un point commun nous sommes uniformisées ? Je ne trouve pas que toutes les bonnes soeurs se ressemblent, ni toutes les infirmières ou encore les policières. Il faut voir au delà des apparences et c’est le problème premier selon moi.

        Bien sûr, je ne généralise pas. Aujourd’hui j’ai la chance de travailler dans une boîte qui a su voir au delà de ce tissu qui recouvre mes cheveux.

        Et puis, il faut comprendre que chacune porte le voile pour ses raisons. Aujourd’hui, cela va d’un phénomène de mode, en passant par une pratique culturelle ou à une croyance religieuse. Dans tous les cas, il s’agit d’un choix. Moi, en tant que femme belge, pourquoi me retire t-on ce droit ? En quoi ce voile que je porte est synonyme de régression lorsque je suis née en Belgique, que j’y ai étudié et que j’y paie aujourd’hui mes impôts ? Je suis pourtant comme beaucoup d’autres femmes, j’aime peindre, manger dans de bons restaurants, voyager, faire la fête et vivre pleinement ma vie.

        À mes yeux, ce sont ceux qui s’arrêtent à ce voile qui font preuve de régression. Il ne s’agit pas d’une déguisement. Je ne veux être personne d’autre que moi-même.

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  5. Personnellement, je ne vois aucun inconvénient à ce que les travailleurs et les étudiants s’habillent comme ils le veulent mais je reconnais évidemment que le voile, les tatouages, les piercings, une coiffure « extravagante », une tenue vestimentaire inappropriée (vêtements de sport, sales, déchirés, dénudant trop le corps, etc) notamment sont un frein à l’embauche ou à l’inscription dans certaines écoles… Effectivement, certains employeurs, certaines directions d’école restreignent la liberté de porter ce genre de tenue sans pouvoir vraiment motiver ces interdictions ou limites d’ailleurs. Contrairement à ce que vous écrivez « la liberté n’est pas servie à plusieurs sauce » : les « non normés vestimentaires» sont très généralement traités de la même façon. Il suffit de lire les règlements d’ordre intérieur des écoles et certains règlements de travail pour s’en convaincre.
    En attendant une révolution des mœurs ou au moins un changement concret des mentalités, la plupart des personnes discriminées sur base de leur apparence choisie (je n’y inclus donc pas, comme vous le faites-vous les personnes discriminées sur base de leur genre, leur couleur de peau, leur orientation sexuelle, leur handicap ou leur âge) s’adaptent parce qu’elles ont placé leurs priorités ailleurs que dans leur tenue vestimentaire synonyme d’après vous d’expression de leur « identité ». Mais quel adulte s’identifie totalement à un accessoire vestimentaire à part certaines femmes voilées ? A ce propos, je n’ai jamais entendu parler de mouvements de protestation organisés par des tatoués, des monomaniaques de la tenue de jogging , de la mini-jupe et des décolletés plongeants, etc alors que fleurissent partout depuis des années les mouvements et manifestations publiques défendant le port du voile islamique : je ne dois pas vous les citer, vous les connaissez parfaitement. Vous avez une explication ?
    Je le répète : on peut changer son apparence sans perdre son « identité » à partir du moment où a pris conscience de la futilité du « paraître ». On peut enlever ses piercings, changer de coiffure et de tenue, dissimuler ses tatouages mais on ne pourrait donc pas enlever son voile même temporairement? On ne peut pas changer sa couleur de peau, la texture de ses cheveux, son sexe, son genre, son orientation sexuelle, on ne peut pas faire disparaître son handicap ou rajeunir mais on a la liberté de mettre son « identité vestimentaire » entre parenthèses, cela me semble tout à fait évident. Même si pour moi, s’identifier à un costume est vraiment incompréhensible.
    A propos de votre paragraphe sur la « société uniformisante », je crois que vous avez mal relu votre texte. Mettre sur le même pied des personnes discriminées sur base de leurs vêtements et les personnes discriminées sur base de leur couleur de peau est particulièrement stupide. Les tenues islamiques sont bien un uniforme respectant des consignes précises même si le mot « uniforme » vous choque mais la couleur de peau, elle, n’est pas portée comme un uniforme dont on peut se débarrasser : vous comprenez la nuance ? L’uniforme n’est pas réservé aux militaires, policiers ou infirmières, il est aussi au sens large un « vêtement déterminé, obligatoire pour un groupe », en l’occurrence ici pour les femmes musulmanes…
    Quant à votre laïus sur le « choix », la régression, votre vie quotidienne, etc, je ne sais pas si c’est à moi qu’il s’adresse ( ?). Je crois m’être adressée à vous sur un pied de parfaite égalité et sans aucune condescendance, je ne vis pas sur Mars, je vis à Bruxelles et travaille en milieu multiculturel, je sais et j’ai compris depuis très longtemps que porter le voile est ultra majoritairement un choix, qu’il n’est ni synonyme de régression ni de danger pour la société. Je ne vois pas ce que ces affirmation-revendications viennent faire dans cette discussion !

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